Hier j’ai eu la chance de parler à ma bonne amie C, à qui je n’avais parlé depuis quelques temps. Nous avons disserté sur le mal de vivre, les amitiés, la vie. J’aime bien C. Dans le moment, elle ne voit pas ses qualités. Pourtant, il est évident à qui la rencontre qu’elle possède une certaine qualité d’être, une intégrité de pensée, une bonté envers les autres, une douceur subtile.
Elle a eu, il y a environ un an un diagnostic terrible de sclérose en plaques qu’elle n’accepte pas encore. Et tandis que la maladie fait lentement son chemin dans son corps, elle envahit aussi sa tête où elle cause encore plus de dommages. L’anxiété… L’anxiété de vivre, la peur du lendemain, la terreur de ne pas savoir où on va aboutir, ce que l’avenir nous réserve. Mais à bien y penser, les lendemains sont inconnus de tous. En regardant notre voisin, on se dit toujours qu’il ou qu’elle est mieux que nous, qu’il et elle est plus heureux, plus stable, plus en moyens. Mais on ne sait pas. Depuis plusieurs années on essaie de me faire comprendre cela, mais je me trouve toujours accrochée à ce rêve du bonheur des autres, à cette vie idéale que quelqu’un doit bien vivre en quelque part.
La vision extérieure que les autres projettent n’est pas nécessairement ce qui est. On peut tout avoir et penser qu’on n’a rien ou n’avoir rien et se sentir riche de joie de vivre, riche d’amour pour les autres et pour soi-même. J’admire tellement les gens qui paraissent sûr d’eux-mêmes et heureux, qui ne font pas d’excuses pour leur façon de penser, qui ne se sentent pas coupables et ne perdent pas leur énergie à s’inquiéter de tout et de rien. Malheureusement, je ne suis pas comme cela moi-même et je dois me battre à chaque jour pour garder un peu d’optimisme. La seule chose qui m’apaise vraiment est quand je peint ou que j’écris, même si je trouve le moyen de me sentir coupable de prendre du temps pour moi-même. Mais est-ce la vie ne devrait pas être vécue pour soi-même?
Mais pour en revenir à C. Elle ne voit pas ses qualités mais elles sont nombreuses. Elle est une bonne personne à qui de bonnes choses devraient arriver. Elle subit des épreuves en succession depuis quelques années et elle ne voit pas le bout du tunnel. Quand on est dans un état de non réception parce qu’on est malade physiquement ou mentalement, ça devient très difficile de sentir dans notre for intérieur qu’il y a espoir et que la vie va bientôt nous apporter quelque parcelle de bonheur. C’est très difficile mais on doit se battre.
Nous sommes les seuls responsables de notre bonheur. Il ne faut pas attendre que les autres nous sortent de notre torpeur ou nous motivent. Nous nous devons de mettre un pied devant l’autre de tenir une liste d’actions innovatrices pour se sortir de ce trou noir. Il est de notre responsabilité d’éveiller notre espoir, de faire confiance, de s’accrocher par quelque moyen que ce soit. Même si on se sent fatigué, même si on se sens battu par les événements, nous devons nous élever au-dessus de tout cela, se détacher de la situation, se projeter dans le futur, dans « l’après situation problématique ». Nous devons dédramatiser même s’il faut pour cela se comparer avec ceux qui sont pires que nous. Nous devons arrêter de tout tourner et ressasser dans notre tête, et respirer lentement.
Un bon moyen que j’ai trouvé à un moment donné pour dédramatiser et faire baisser l’anxiété qui m’habite parfois, est de me demander quelle est la pire situation qui pourrait découler du problème que je vis en ce moment. Quelle est la pire chose qui peut m’arriver. Quand je faisais beaucoup d’anxiété et que j’avais des étourdissements, ou mal au cœur ou au ventre, je me posais souvent cette question. Immédiatement, la panique baissait et je réalisais à ce moment que ce n’était pas si pire, que si je tombais dans les pommes, quelqu’un me ramasserait, si je dégueulais, ça ferait quelque chose à parler pour ceux qui en seraient témoin et puis après?? Est-ce la fin du monde?
Être soi-même et se montrer tel qu’on est. Voici qui est important et difficile à la fois, surtout quand on ne sait pas qui on est et ce que l’on veut. Prendre cela une journée à la fois. Réduire à un petit laps de temps, à un petit pas, à un petit geste, à un seul instant ce avec quoi on veut dealer. Faire un pas en avant. Même quand on pense qu’on recule, on avance car on apprend. Pour finir notre belle conversation hier, je lui ai parlé du mouvement anti-jérémiades ou du défi qu’on peut se lancer ne pas se plaindre à haute voix et de plutôt trouver quelque chose de positif dans nos situations, dans ce qu’on remarque autour de nous, dans tout ce qu’on perçoit comme négatif à prime abord. Elle m’a fait remarquer que lorsqu’elle écrivait ses cinq « gratitudes » le soir avant de s’endormir, le lendemain semblait plus rose et petit à petit, elle avait appris à chercher le positif dans sa vie plutôt que de chercher du négatif, ce qui est automatiquement engendré quand on plaint constamment. Alors, c’est ce que nous commençons et déjà on se sent toutes les deux mieux.