La culture du saumon menace les stocks de saumons sauvages selon une récente étude
26, déc, 2007 par enviroart
L’aquaculture est probablement le secteur de l’économie alimentaire qui connaît la plus importante croissance. Des chercheurs viennent de publier une étude sur les populations de saumons roses au nord de l’Ile de Vancouver dans Science (Krkosek, M. et al. 2007. Declining Wild Salmon Populations in Relation to Parasites from Farm Salmon. Science. 318- 5857: 1772 – 1775). Les poissons de ferme sont confinés dans des cages sous-marines ancrées qui fonctionnent comme des parcs d’engraissement. Outre les problèmes de pollution occasionnés par cette industrie, les fermes d’aquaculture industrielles fournissent les conditions idéales pour toutes sortes de pathogènes et de parasites, dont les poux de mer.
L’aquaculture de saumon a commencé en 1987 dans la région et les infestations de poux de mer ont été rapportées dès 2001. Les poux de mer se trouvent normalement dans l’océan, où ils mordent les poissons et s’en nourrissent, créant des lésions ouvertes qui peuvent déranger l’équilibre osmotique du poisson dans l’eau salée. Normalement, les saumons juvéniles ne devraient pas y être exposés avant d’être assez gros pour survivre à une infestation limitée. Les enclos de saumons sont typiquement placés dans des secteurs situés près des couloirs de migration que les juvéniles doivent emprunter pour rejoindre la haute mer. Les poux de mer parasitent les saumons sauvages juvéniles quand ils nagent près des enclos. Ceux-ci, petits et à la peau plus mince, sont parfois si infestés qu’ils deviennent eux-mêmes des sources secondaires d’infestations quand ils arrivent dans l’océan avant de succomber au parasite.
Malgré les effets négatifs de plus en plus évidents sur les populations indigènes, Pêche et Océans Canada, qui est responsable du développement de l’aquaculture tout en sauvegardant les stocks de poissons indigènes, continue de dire qu’aucun lien de cause à effet n’a été établi entre les poux de mer et la mortalité des saumons sauvages. De plus, ils sont d’avis que la prévalence des poux de mer est un « casse-tête écologique complexe» qui a besoin d’être étudié plus longuement. D’après Cornelia Dean du New York Times (14 décembre 2007), l’Agence gouvernementale prétend que tous les facteurs tels les pratiques de pêche, nos méthodes d’exploitation forestière ainsi que les changements climatiques peuvent avoir des effets sur les populations de saumon et que ce serait une erreur de mettre l’accent sur un seul point.
Cependant, selon Martin Krkosek, un écologiste halieutique de l’université d’Alberta qui a dirigé les travaux, “Si rien ne change, nous perdrons ces poisons”. Les chercheurs situent le taux de mortalité des jeunes saumons dû aux infestations de poux de mer à environ 80%. À ce rythme, les populations locales seront éteintes dans quatre générations, soit environ huit ans selon eux. L’étude n’a impliqué que les saumons roses, pas les espèces comme le sockeye ou chinook, habituellement plus grands et vraisemblablement moins vulnérables aux poux de mer. Le saumon rose est l’espèce saumonée la plus abondante dans le nord du Pacifique où l’étude a été conduite.